Interview d’Alexandre Romanès

  • « A notre époque, une fille qui vole une poule, c’est plutôt sympathique »

Alexandre Romanès, homme de cirque, poète et luthier baroque vit en France depuis sa naissance. Enfant de la balle, il a quitté le cirque familial à l’âge de 20 ans parce qu’il s’éloignait de sa culture Tzigane. Il dirige le Cirque Romanès avec sa femme Delia depuis 1994.
A l’heure ou les politiques agitent la « question des Roms » comme enjeu électoral, écoutons le parler de son Peuple.

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DF – Que pensez vous du vocable « Rom » qui semble être globalisant ?

AR – Je n’emploie pas ce mot. Il sert à masquer le racisme envers les Tziganes, Manouches ou Bohémiens. Moi je me définis comme Tzigane Français ou Gitan Français.

DF – En France, des mesures transitoires réduisent le temps de séjour et le droit au travail pour les Roumains et les Bulgares. Il est question que ces mesures soient levées fin 2013.

AR – Ca correspond à l’entrée de ces deux pays dans l’espace Schengen.
Si elle a lieu, l’entrée dans Schengen ne changera rien pour l’immigration des Tziganes, et il n’y aura pas « d’appel d’air » comme le redoutent certains. Ceux qui viennent de l’Est se moquent des lois qui les obligent à se limiter à trois mois en France. Ils restent au delà. Ils sont poussés par des raisons qui nous dépassent. Le racisme et la violence envers eux sont très forts dans leurs pays.

DF – L’Europe a mis des sommes très importantes à la disposition de la communauté des gens du voyage. En France elles ne sont pas utilisées. Que pensez-vous de cela ?

AR – Nous vivons dans des campements délabrés et les gens ont une image détestable de nous. Beaucoup de mal nous a été fait. Il faudrait que les Tziganes puissent avoir accès à ces aides. Beaucoup d’entre nous auraient des projets à monter.
Le problème des Tziganes n’est pas insurmontable. La France s’est embarquée dans une guerre pour résoudre les problèmes au Mali qui sont autrement plus compliqués que quelques milliers de Gitans !

DF – A propos des camps, une circulaire éditée en juillet prévoyait que tout démantèlement de camp était assorti de mesures d’accompagnement pour les familles

AR – La circulaire n’est pas appliquée. Le gouvernement et la police exigent que nous respections les lois, mais les élus ne les respectent pas.

DF – Que pensez-vous des initiatives telles que les villages d’insertion, à Montreuil par exemple ?

AR – Je ne suis pas allé à Montreuil, mais dans une autre ville de banlieue que je ne citerai pas, la mairie a acheté un terrain, installé l’eau et l’électricité, acheté une cinquantaine de petites caravanes pour loger les Tziganes et … enlevé toutes les roues et les essieux pour que les Tziganes ne prennent pas la route. Le nomadisme est combattu par tout le monde.

DF – Certaines associations disent que votre peuple n’est pas nomade par choix, mais du fait du rejet de pays en pays. Est-ce vrai ?

AR – Non c’est faux. A l’origine, nous venons tous du Rajasthan. Aujourd’hui, en Inde, il y a des campements nomades, parfois 300 ou 400 personnes.
Pour nous, c’est la sédentarisation qui a toujours été forcée. En Espagne, à partir de Isabelle la Catholique, si on voyageait et on parlait notre langue, on nous coupait les oreilles en pointe comme des diables, ou alors, on était tués. En Bulgarie et en Roumanie, les régimes communistes nous ont obligés à vivre dans des maisons et à aller à l’usine. Résultat : les hommes sont tombés dans l’alcool.

DF – Comment décririez-vous votre peuple ?

AR – Nous n’avons pas les conventions habituelles. Nous en avons d’autres. La réussite sociale n’est pas un but pour nous, ni la mode, ni le sport. Et on ne veut pas aller à l’école. On conteste l’enseignement de l’école, trop long et souvent bébête. Chez nous, les gens disent « Quand vos enfants iront à l’école en chantant, on y enverra les nôtres ».

DF – Votre nouveau spectacle s’appelle « Voleuses de poules ». Mais pourquoi faire référence à ce cliché du Gitan voleur ?

AR – Chez les Gitans, c’étaient les femmes qui volaient les poules, pas les hommes.
Dans un monde où les banques et les états volent tout, entre les paradis fiscaux, les milliardaires, les banques qui volent tout le monde… une fille qui vole une poule, c’est plutôt sympathique non ? J’oserais même dire que c’est rassurant.

DF – Mais c’est aussi une façon de vous stigmatiser…

AR – La France a volé la moitié de l’Afrique, mais on ne dit jamais que les Français sont des voleurs. Et pourtant la France continue à piller le Togo, le Centrafrique et d’autres pays encore, mais personne n’en parle.
C’est vrai, la foule pense que nous sommes mauvais, que nous sommes des diables, mais la foule a toujours mal pensé et on ne peut rien contre elle.

DF – Que souhaiteriez-vous aujourd’hui pour votre peuple ?

AR – Je reviens sur la question des fonds Européens. Moi j’aimerais qu’on puisse y avoir accès pour pouvoir créer. On a beaucoup de choses à apporter. Notre culture est riche. Bien sûr on est différents : on choisit des petits boulots, nos femmes ont des jupes longues…
Et alors ?
Moi je crois que la seule vraie différence avec les Européens, c’est notre foi en Dieu. Elle est très forte chez nous. Notre croyance à nous Tziganes n’est pas dans une église, c’est autre chose, c’est plus fort. Dieu est avec nous tout le temps.

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